13.03.2009

Pourquoi nos enfants lisent tout, sauf nos livres d'enfance ?

Drenaï_Marche-Mort.gifViviane et Roméo, vos petits rats de bibliothèque, font des bonds !!! Demain, vous allez au Salon du Livre. « Heureux parents ! » se disent vos amis, crispés sur la fameuse N. déesse. Pourtant, vous savez bien qu’un truc vous gêne… Je vais vous dire lequel.

Du sang et des larmes
Comme dans les magasins de jouets, avec leur zone rose Barbie et leur zone camouflage G-I-Joe, la littérature jeunesse repose sur des formules très établies ou le clivage sexué est bien présent. Pourtant, force est de constater que les filles transgressent pas mal les codes et adorent aussi Harry Potter et les orphelins Baudelaire. C’est moins vrai pour les garçons, assez peu passionnés par les aventures de cavalières (type, série « des poneys à partager »).

Des kilos d’histoires
A votre grand étonnement, les jeunes lecteurs d’aujourd’hui engouffrent des pavés impressionnants. Si possible rédigés en séries de 7 tomes (c’est la dose usuelle, un peu addictive, d’ailleurs). C’est que des auteurs les leur proposent et qu’ils aiment ça. Première différence avec vous, contentés jadis par un club des 5 de la Bibliothèque verte.
Seconde différence, ils lisent, semble-t-il, des horreurs : « L’épouvanteur », les histoires de vampires, d’enfants enfermés, perdus, toujours orphelins… ne troublent en rien leur sommeil.
« Tes gosses sont blindés, étanches ! », vous assène leur grand père soixante-huitard qui préfère leur parler d’écologie et de solidarité. Dans les livres de nos enfants, c’est plutôt Mad Maxien, comme univers, la main tendue a souvent une faux pour entrer en contact. Non, ils ne sont pas blindés. Ces univers sont en fait jubilatoires pour eux, car invraisemblables. Pour avoir fait l’expérience avec deux jeunes lecteurs, (autour de 10 ans) un téléfilm de Maigret, avec ses silences et sa lenteur, les angoisse beaucoup plus que « L’œil du Golem ».

Le chaînon manquant
Bref, vous percevez que tout en étant très fier (fière) d’avoir à la maison deux lecteurs pratiquants et passionnés, il vous manque quelque chose dans votre vie de parent. Et bien voilà : Viviane et Roméo refusent catégoriquement de lire vos livres d’enfance et vous, prompt(e) à payer des livres à vos enfants (c’est TRES valorisant, non ? ;D), vous n’avez jamais pris le temps d’entrer dans le puits suintant l’angoisse par lequel vos p’tits nenfants sont invités à partir dans leurs histoires. Cela les barbe, les enquêtes d’Alice. Ca vous rebute, ces milliers de pages de Fantasy. Bref, des livres à la maison, ce n’est pas le problème. Le chaînon manquant, c'est l’échange entre lecteurs de la même famille qui ne s’enclenche jamais.

Quelques pistes
- Pensez à vous rendre en famille dans des manifestations comme le Salon du Livre. Il y en a beaucoup à travers la France. C’est l’occasion de butiner en grande dimension mais aussi de rencontrer les auteurs. Une dédicace est un trésor pour les petits. Cette fois, c'est un lien tangible, vrai, avec la littérature ;
- Informez-vous des manifestations dans les médiathèques à proximité
- IMPORTANT : apprenez-leur à lire les 4ème de couverture, puis à sonder un livre, c’est un métier que de devenir lecteur !
- "La force est en toi... parent !" => N’oubliez pas que « Nintendo » veut dire : « Laissez sa chance au ciel » ! Il y a des livres avant et après la console.

Deux sites indispensables
Ricochet, fabuleuse base de données de livres, dont je vous avais déjà parlé dans un autre article
L’association La-Belle qui sélectionne des albums exempts de stéréotypes sexistes (y’a du boulot !!!)

Des défis similaires vous attendent avec la musique : "MP3 : injectez un peu de culture musicale"

30.11.2007

Ricochet, le portail européen de la lecture jeunesse

ca425d1748e8459f2d651807646dec1f.jpgJe vous confie une mine d'or ! Rien de moins...
J'ai découvert ricochet-jeunes.org sur le net.
C'est le portail européen sur la littérature jeunesse.

Non seulement vous allez pouvoir découvrir les ouvrages mais aussi faire un véritable voyage au pays de l'édition pour la jeunesse.

Le sommaire vous permet en effet de chercher des auteurs, des illustrateurs, des héros, de dégoter de petits éditeurs, des sites web, des revues pour les enfants.

Les enseignants y trouveront aussi des manifestations, des salons et même des expositions à louer !
Les potentiels auteurs pourront juger de l'offre actuelle avant de proposer du nouveau et de trouver un éditeur !

Bookmarkez ce site (en + de mon blog, n'est-ce pas ?).
Vous allez :
+ optimiser vos achats en librairie,
+ contenter vos papivores que sont cette intello d'Héloïse et ce rêveur de Perceval,
+ et entamer la résistance d'acier de ce footballeur de Roger et de cette Falbala de Christiane.

Et vous, pamé(e) de les entendre dire : "Attends ! je finis ma page !"

13.02.2007

Offrez "Le convive comme il faut", de Philippe Dumas

medium_Le_concive_comme_il_faut.gifJ'ai une prédilection pour ce livre formidable, drôle et terriblement efficace. Un éminent professeur dénommé Paul Hitaisse, (l'humour submerge parfois l'orthographe), expose à nos enfants cette idée toute simple : "Manger est un plaisir. Encore faut-il que ce plaisir ne soit pas gâché par quelqu'un qui vous coupe l'appétit".
S'ensuit textes et dessins mêlés l'exploration de tout ce qui se fait - et qui ne se fait pas ! - à table.

Les parents eux-mêmes convives de banquets à 8 couverts seront ravis de savoir comment négocier la dégustation des asperges ou gérer son voisin de table.

Au lieu des fameuses litanies "Ferme ta bouche" / "Sers-toi de ton couteau", optez pour ce grand classique de la littérature enfantine, qui existe en grand format et en version poche (collection Lutin poche). Bref, 5,50 € de pur bonheur.

"Le convive comme il faut", de Philippe Dumas, L'Ecole des loisirs, 2005, 5,50 €.

10.02.2007

L'orthographe, les parents et la citoyenneté

Le Monde révèle (9/2/07) que le niveau d’orthographe des 5èmes actuels est celui des CM2 d’il y a… 20 ans. La Vox Populi s’insurgera : « Ces profs, franchement, sont des incapables ! ». Et si les familles prenaient leur part ?

Les méthodes peuvent certes être discutées, le nombre d’heures consacrées à l’orthographe enfin revalorisées… et j’ai moi-même longuement dans Heureux à l'école fustigé le concept "d'observation de la langue" fixée dans les programmes. Mais il n’y a pas que cela. Trois points fondamentaux restent peu évoqués. Les occulter, c’est fausser le débat.

1 l’orthographe ne s’inculque pas à 6 ans mais avant, en famille
L’orthographe, bien avant l’école, s’incorpore. Pour cela, dès les premiers mois de la vie, les histoires racontées par les parents bercent l’oreille de bébé. Ensuite, ce sont les petits albums. La production de livres illustrés et de petits magazines est de haute qualité en France, fondés sur les sons, les lettres, associés aux couleurs.
Cela, bien avant l’école, ce sont les parents, grands parents, grands frères et sœurs qui y concourent. Bien avant les enseignants.
A l’âge de la maternelle, blottissez-vous dans un canapé avec votre enfant et lisez, (pas trop vite et en insistant sur le ton). Vous remarquerez encore que l’enfant ne regarde pas le plafond et pas si longtemps que ça les illustrations. Si vous placez votre index sous la ligne lue, comme il (elle) le fera bientôt en classe, les mots seront absorbés très naturellement.
Evidemment, s’il a une gameboy à 5 ans, la télé dans sa chambre (25% des enfants) et a lancé un « NON ! » péremptoire au premier album suggéré… Mais alors, ce n’est pas à l’enseignante de CM2 qu’il faut s’en prendre. Ou pas seulement.

2 Qui leur révèle le bénéfice et la joie d’une bonne orthographe ?
Les enfants ne savent pas toujours à quoi rime ce qu’ils apprennent à l’école. Comme nous, ils sont d’autant plus motivés dans leurs actions qu’ils en perçoivent le bénéfice ! L’orthographe leur semble avant tout une contrainte. Or, cela peut devenir - presque - un jeu. Comme on apprend l’orthographe en regardant tôt les mots, on absorbe mieux la logique avec ce petit fil rouge, déroulé dès les premières années = « Dans le mot « carottage », qu’est-ce que tu entends ? »… « Carotte !», s’exclame vainqueur le petit Marius. Pourquoi « é » ne se prononce pas « è », pourquoi y-a-t-il 2 « t », ou 2 « ll » ? Cela n’est pas le fruit du hasard ! Cela a une logique toute aussi passionnante à acquérir que de faire sauter Super Mario et ses pizzas.
Parce que l’orthographe est perçue bêtement comme un artifice, un truc superficiel, alors qu’elle n’est que le résultat d’une bonne maîtrise du fond, de la structure de la langue. "en sang » n’est pas « encens » / « en sainte » n’est pas « enceinte ».

3 L’orthographe a quelque chose à voir avec la citoyenneté
Si ! Car savoir ce que les mots expriment, ne pas se laisser refiler un mot pour un autre, partager une langue qui a une histoire, ce n’est pas rien. « Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement », dit l’adage. Le charabia des mystificateurs, bâteleurs et autres mauvais prophètes en serait un peu moins facilement gobé. En cela, les familles les plus fragiles – question de citoyennenté aussi – doivent être aidées par la communauté (je ne dis pas « collectivité »).

24.11.2006

Salon de la littérature de jeunesse : ils dévorent !

medium_affiche_1_.gifIl est parfois dit – ou craint – que les enfants lisent moins qu’avant, étant très sollicités par les nouveaux médias.
La réalité est plus contrastée que ça. En fait, il y a de bons, de très grands lecteurs. Et des enfants qui n’accèdent pas ou peu aux livres.

Dans la première catégorie, il y a beaucoup d’enfants vivant dans un contexte familial où le livre a sa place. Leurs parents leur lisent très tôt des histoires, ils fréquentent des bibliothèques municipales, bref, l’objet livre leur est totalement familier, avant même de savoir lire. Le tout est pour certains assorti de peu de télé à la maison. Ceux-là, bien sûr, dévorent. Les éditeurs ne sont pas restés sans le savoir et l’édition du livre de jeunesse est particulièrement dynamique en France : 10.000 nouveautés par an !

Dans la seconde catégorie, il y a des enfants moins favorisés dans ce domaine de la lecture. Certains parviennent en CP sans avoir vraiment jamais plongé dans l’univers des contes et des histoires dédiées aux petits. Parfois, leurs parents sont un peu démunis pour les aider. Souvent la téloche ronronne jusque dans leur chambre. C’est plus facile que de lire, ce support hypnotisant. Enfin, les consoles de jeux et même Internet viennent occuper pas mal de temps de loisir.

Ceux-là doivent être aidés. A l’école, (donnez vos vieux livres aux écoles qui en ont besoin !), dans les quartiers, en rejoignant des associations comme « Lire et faire lire » de Alexandre Jardin. Et puis, inciter tous ces enfants à aller dans les bliothèques et médiathèques municipales. C'est gratuit. Les communes font de gros efforts sur ce plan.

Dernier poncif à briser : non, ils ne sont pas tous plongés dans leur console de jeux. Seulement 12% des joueurs en France ont moins de 12 ans, alors qu’un ¼ a 35 ans. Leurs parents, peut-être ???

Salon de Montreuil, du 22 au 27 novembre 2006 : lectures, rencontres, expositions, animations, dédicaces, etc... avec 250 exposants. Les auteurs dédicacent sur place. Revenir à la maison avec un message personnel de son auteur favori, ça rend fier ;))

13.09.2006

La lecture, les frères et les soeurs

La lecture a vraiment quelque chose à voir avec les fratries (et les fratries ont aujourd'hui de telles géométries variables !).

Vis-à-vis de la technique de lecture, des sujets, des temps consacrés aux livres, il y a déjà beaucoup de différences garçons/filles.
La littérature des filles tourne beaucoup autour des copines, des petites affaires de coeur. Même les couvertures sont "rose Barbie". Super formatage, déjà. Les garçons, entend-t-on, préfèrent le foot : il suffit de s'installer dans les couloirs d'une Fnac pour réfuter ce cliché. La collection Chair de Poule de Bayard, les orphelins Baudelaire, laissent supposer qu'ils aiment bien se faire peur sans trop explorer les affaires de coeur proposées aux girls.

Mais les fratries aussi ont donc de l'influence. Un vrai questionnement pour les parents.
Il y a les aînés lecteurs et les cadets qui bloquent pour se démarquer,... ou l'inverse. C'est une très bonne piste pour comprendre le désintérêt d'un enfant pour la lecture.
Il y a aussi le démarquage par les titres lus, l'un engloutissant Potter et le suivant décrétant que jamais il ne lira "ça" puisque l'autre et les films ont déjà décrit l'histoire, (là il faut vite s'inscrire à la bibliothèque municipale pour juguler le double budget en nombre de titres).
Il y a, (c'est beau quand cela arrive) les grands qui lisent aux petits ou les mêmes classes d'âge qui lisent collées sur le même tapis.

C'est vrai de toutes les activités des frères et soeurs en rapport et en challenge les uns avec les autres. Mais au moment où, parents, on se demande bien comment les intéresser aux livres, l'observation de sa couvée ne manque pas d'intérêt.

Au fait, avez-vous pensé à leur demander de quoi parle leur dernier livre ?

28.04.2006

Devenir lecteur : comment lui prouver qu'il réussit ?

L'apprentissage de la lecture est un gros effort mental et psychologique pour l'enfant. Essayez dans une langue étrangère, devant des gens qui vous regardent vous dépatouiller, et vous saisirez mieux ce dont je parle.
Dans cette phase d'acquisition, il n'est pas toujours fait beaucoup de place à la notion de conquête : alors, voilà un petit truc.
Prenez un livre pour débutants lecteurs. Un vieux livre des frères et soeurs ou un exemplaire acheté pas cher dans une braderie, car il va falloir écrire dessus et le "sacrifier".
Vous offrez ce livre à votre enfant avec un... surligneur type Stabylo et vous lui dites : "chaque fois que tu rencontres un mot que tu sais lire, même une syllabe, tu surlignes".
Cet objectif, curieusement, devient comme un jeu, et dépolarise l'enfant de l'obligation de résultat. Il lit, il lit, il stabylobosse, c'est euphorisant tout ce qu'il sait et découvre qu'il sait !
Peu à peu, les pages sont plus colorées. L'apprenti(e) lecteur(rice) revient en arrière sur ses premières pages pas très surlignées. Il visualise ses progrès.
C'est comme pour apprendre le vélo : pédale sans regarder tes pieds. Lis sans te regarder lire. Sans rechercher en même temps l'assentiment des autres. Tu lis, tu es libre. La lecture... quelle merveille. Sa conquête, l'odyssée de l'espace ... et de l'aventure !