15.12.2008
Le peuple des enfants dans la Lune : comment être solidaire ?
Pendant des siècles, les gens se sont demandés s’il y avait des gens qui vivaient sur la Lune. La science a prouvé que non. Pourtant, il existe bel et bien un peuple innombrable et finalement méconnu : les enfants dans la Lune. C’est fou comme ils sont nombreux, combien ils perdurent au fil des générations. Pourtant, pour les parents, c’est à la fois un grand mystère et une interrogation de tous les jours.
Qu’est-ce qui fait qu’un enfant « n’est pas là », « dans la Lune », « inscrit aux abonnés absents », « ailleurs » ?
L’enfant qui vit dans sa bulle semble donc avoir trouvé refuge et avec toute sa candeur, s’être unilatéralement autorisé à ne pas participer à des réalités pourtant obligatoires (vu du point de vue des parents !) : l’école, le dîner en famille, et parfois même les copains à la maison.
Cette stratégie d’évitement n’est pas forcément « contre » les autres. Non, le besoin de penser par soi-même, de vivre dans l’imagination, collé au plafond de ses propres histoires plutôt que contraint par la réalité et ses semelles de plomb.
Pas facile pour les parents : une telle attitude laisse présager une belle capacité de créativité. Pourquoi la casser ? Mais c’est aussi un véritable handicap social : comment les aider à revenir dans la partie. Ecouter. Participer.
Il n’y a pas de solution toute faite : mais j’ouvre juste une porte… Essayer de pratiquer avec son enfant un repositionnement. Lui apprendre à « ne pas partir dans la Lune ». Pratiquer avec lui le « Ici et maintenant ». Tu fais telle action, là, ici maintenant, on se concentre ensemble. C’est très difficile au début mais cela peut être un chemin.
Lui conseiller, aussi, de se construire des astuces pour rester accroché au sol, à la réalité. Dès que tu sens ton esprit vagabonder, essaie de te poser la question : la maîtresse, elle est habillée en quelles couleurs ? Elle vient de dire quoi exactement ? Mais là réside tout le problème : cet instant magique et fascinant (mais pas drôle du tout) où ils switchent vers la Lune.
En tout cas, ils ont besoin de notre aide. Car un enfant dans la Lune est bien obligé d’atterrir, secoué par les adultes qui s’impatientent. Et là, voyageur sans billet, l’enfant lunaire se sent illégitime, décalé, pris en faute, pas au courant de ce qui vient de se passer. Son stress est total. Ce n’est donc pas un sujet à laisser en suspens. (Vos commentaires et partages d'expérience concernant ce sujet sont les bienvenus).
Bref, une étude et des chemins appropriés seraient vraiment nécessaires.
11:35 Publié dans Côté pédagogie | Lien permanent | Commentaires (34) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : enfant lunaire, manque de concentration, trouble, attention, pédagogie, rêveur, école, psychomotricité
07.09.2007
Rentrée scolaire : plus de soutien, moins de rabâchage
Le dernier rapport qui signale que 4 élèves sur 10 ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux à l’entrée en 6ème ne surprend personne. Qu’en 30 ans de constats, de rapports et de réformes rien n’ait endigué le mal est plus consternant. Mais que dire des 6 élèves sur 10 qui sont à niveau ?
L’incapacité de réformer
Pendant des années, j’ai suivi en tant que journaliste, les conférences de presse du ministère de l’Education nationale. De nombreuses tentatives pour évaluer et dissoudre le problème des enfants perdus de notre système éducatif ont été menées.
A gauche comme à droite. Jack Lang en 1992, Bayrou en 1994 (le débat national sur l’école), Allègre et son mammouth de 1997 à 2000 (concédant un strapontin à Ségolène Royal), Lang à nouveau en 2000 ou plus récemment François Fillon et sa réforme de l’école, en 2004, Gilles de Robien en 2005. Aujourd’hui Xavier Darcos.
Une part pour Papa, une part pour Maman
Je l’ai écrit dans Heureux à l’école : il est malhonnête de faire tout porter à l’école. Des parents qui font adopter leur bébé par leur télé, leur branche un poste dans leur chambre à 18 mois, n’achètent aucun livre (ni ne vont à la bibliothèque municipale), ne peuvent pas espérer que leur enfant comprenne ex-nihilo que les mots, l’orthographe et une phrase construite aient du sens. La lecture est un effort que l’on accepte de faire si on a déjà le goût des histoires. Les chiffres et le calcul s’enclenchent mieux si des comptines ont été chantées depuis le berceau.
Restent les méthodes, récemment remises en cause et recadrées. Restent les situations laissées à vau-l’eau avec pour seule réponse un redoublement dont on sait l’inefficacité. Il doit bien y avoir d’autres solutions que de les parquer dans le trouble dyslexique !!!
Et les 6 autres, alors ?
Parmi les 10, 4 sont donc en difficulté… Mais les 6 autres ?
4 "dans la moyenne" flottent dans ces lourds programmes de l’école primaire française, en se barbant un peu. Et deux s’ennuient carrément : ceux-là seront aussi renvoyés au « pathologisme » cher à notre société : on les dira « précoces ». Constat sans prolongement de prise en charge, d'ailleurs.
La vérité réside dans le rabâchage : du CE1 au CM2, voire dans le 1er trimestre de 6ème, il faudra refaire (sans doute pour ceux qui ne suivent pas), les mêmes leçons. C'est une des raisons des emplois du temps pléthoriques du primaire. J’en ai vu en pleurer, au bout de quatre années scolaires de devoir refaire encore la leçon des pluriels. Imaginez que vous ayez une fois par an une formation dédiée à Word et que le formateur, tous les ans, vous fasse pour leçon : « Ouvrir un fichier » !!! De quoi hurler.
Arrêtons le rabâchage. Acceptons que celui qui a intégré la notion fasse autre chose et aidons vraiment ceux qui en ont besoin.
Proposons aux enseignants de faire des classes d’aide et des classes pour les fusées car il leur est impossible de faire ce grand écart pédagogique dans la même heure de cours.
Aidons les uns. Aidons les autres.
14:05 Publié dans Côté pédagogie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Rentrée scolaire, enfants, scolarité, école, réforme, culture, livre
26.07.2007
Quand Duras parlait d'être heureux à l'école... par l'effort
Aux hasards d'une relecture de Duras, j'ai découvert un article qu'elle avait écrit sur l'école en 1957, dans France Observateur, sur le fait d'évoluer en élève heureux. Curieusement, elle reprenait totalement à rebours l’idée qu’être né dans un milieu aisé serait un avantage dans les petites classes. Elle en faisait d’ailleurs de même de la précocité, triant la véritable de l’artificielle. C’est lumineux.
« Elève Dufresne pourrait mieux faire »
C’est le titre de l’article. Nous apprenons d’ailleurs en amorce de ce texte les conditions d’accueil des enfants à la fin des années 50 et le niveau de maths en CP :
« Dufresne, sept ans, joues de bébé, cheveux en brosse, demande pour la troisième fois d’aller « au petit coin ». Le maître refuse. L’heure est grave : aujourd’hui, on explique « le truc additionnel avec retenue », épreuve du troisième trimestre du cours préparatoire. Cinquante enfants sont là… Le maître commence. »
La bourgeoisie intellectuelle dont est issue Dufresne est démontée comme un cocon qui extrait Dufresne de l’effort et l'entretient comme une plante irriguée par la pensée des adultes cultivés qui l’entourent. Dufresne n’a ni besoin de faire, ni nécessité d’apprendre. Il vit de la pensée des autres. Sa précocité est un leurre.
Fournier son copain de classe, fils de commerçant, travaille et est avide de connaissance. Habitué tout petit à l’effort intellectuel, cela fait partie de sa nature. Apprendre l’enthousiasme. C’est chez lui exponentiel. Il vit l’intellectualité de l’intérieur. Il forge sa pensée. Heureux, le Fournier !
Que vous soyez parent, éducateur, ministre ou journaliste, relisez ce texte de Duras. C’est avant tout bien écrit, perspicace, léger et puissant. Mais c’était en 1957, quand les écrivains étaient éditorialistes de presse…
En parcourant Duras :
- l’article est extrait de "Outside", recueil de ses articles pour la presse, ses écrits "du dehors" comme elle les nommait pour les différencier de l’écriture pure, celle élaborée dans la solitude intérieure. Juste après Dufresne, l’article sur l’illettrisme vécue par une femme interviewée est formidable, (Folio) ;
- Pour ceux qui se demandent ce qu’écrire veut dire : « Ecrire » (Folio) ;
- Pour l’été et ceux qui changeraient bien de vie ou d’orientation : « Le marin de Gibraltar » s’impose, (Folio).
16:50 Publié dans Côté pédagogie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, écrire, famille, précocité, Livre, france, éducation
05.03.2007
Apprendre l'Anglais en l'écrivant... sur Nintendo !
Il est de bon ton de dénigrer les consoles de jeux. Il est vrai que de voir Suzanne et son petit frère Gibus accrocs à ces curieuses machines addictives, se trémoussant dans tous les sens pour que Super Mario leur fasse gagner des vies, ça irrite !
D’où une drôle de découverte que je viens de faire au détour d’un petit programme pour la Nintendo DS Lite (c’est blanc comme un IPod, ça coûte le prix d’un IPod mais on a un stylet et des manettes pour les p’tits pouces ;))). Le logiciel s’appelle « English Training, apprenez l’Anglais sans stresser ».
C’est en fait un programme issu du grand succès planétaire – l’entraînement cérébral du Docteur Kawashima - sur la même console (Oui, Nintendo aussi aime l’axiome : « Je rejoue et je gagne »).
Ce qui est passionnant dans l’affaire de l’English Training, c’est que les enfants sont tout aussi accrocs qu’à un autre programme.
Ensuite, c’est une révolution cybernétique pour l’initiation à l’anglais : cela se passe sous forme de dictée. Une voix numérique dit une phrase qu’il faut écrire, lettre par lettre avec le stylet. Alors qu’en France particulièrement, toutes les initiations à l’Anglais sont orales. C’est incroyable comme les enfants mémorisent du coup ce qu’ils écrivent, même dans une autre langue ! Là, quand l’enfant ne connaît pas la réponse une aide lui souffle quelques lettres.
Autre enseignement : selon la logique Nintendo « une fois que tu es devant ta console, on ne te lâche plus », les enfants sont devant une batterie de tests sans fin qui vont des mots les plus simples : good, big, boy… jusqu’au niveau supérieur qui peut tout à fait convenir aux parents. Une bonne occasion de faire de l’anglais en famille. Pour ne pas perdre la face, certains seront inspirés de s’enfermer seuls dans la cuisine pour se tester avant !
Disons-le, cela ne remplacera pas un cours et ce programme est au départ fait pour les adultes qui jouent pour beaucoup les blasés. Car il faut commencer très simplement et la dictée agace les grands. Enfin, dessiner des lettres avec un stylet, cela les crispe.
Et si, parfois, nous disions « Many Thanks» à la console de jeux de nos de nos petits gamers ?
NB : j'aimerais suggérer aux acteurs de la francophonie de proposer à Nintendo une version French Training... c'est aussi un marché !
16:30 Publié dans Côté pédagogie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nintendo, consoles de jeux, gamers, enfants, éducation, apprentissage, langue anglaise
08.12.2006
Apprendre la géographie sans perdre le nord !
La géographie est une matière du cycle 3 (CE2-CM1-CM2) à la fois enthousiasmante et rébarbative. Comme je le soulignais dans une note précédente sur la dématérialisation de l'argent, le terrain, les fleuves, les monts, les bocages sont plus de l'ordre de l'abstraction que du ressenti. Il est certain que les voyages en voiture sur autoroutes, avec visionnage de dvd incorporé, n'amènent nous plus souvent à parler à de notre petit Gabin et sa soeur Marguerite, des paysages qui défilent et se succèdent.
La géographie est donc pour beaucoup d'entre eux un enseignement purement théorique et difficile à appréhender. Il est donc important que les exemples donnés soient précis. Voilà donc ma surprise en découvrant une carte de France marquée d'une diagonale Sud Ouest / Nord Est expliquant aux enfants qu'à droite, dans la partie sud, se trouvent les montagnes de haute altitude et qu'à gauche, dans la partie Nord se trouvent les plaines.
Ainsi Bordeaux est au nord et le jura au Sud, tandis que le Massif Central fait partie des hauts sommets ! je ne suis pas pour contredire les leçons des enseignants, mais parfois, il faut bien tout de même re-préciser les choses. L'axe virtuel dessiner n'est pas une frontière étanche.Bref, un petit passage par le géonétrie pour rappeler ce qu'est un axe.
Quelques pistes pour que Marguerite et Gabin soient heureux d'apprendre la géographie :
- On regrettera le formidable jeu "Bonjour la France" (de Michèle Finger en 1967) encore présent parfois sur ebay. C'est un jeu de plateau en trois parcours : placer tous les départements / placer tous les chefs lieux / placer toutes les traditions culinaires.
- Actuellement, Nathan commercialise une version très bien faite : le "jeu de la France", à glisser sous le sapin (de quelle région, le sapin ?)
- Enfin, il y a aussi l'initiative d'un professeur vraiment calé en pédagogie et en géographie hexagonale, Bernard Dupriez. J'ai découvert son site par hasard : "Connais-tu la France ?" (www.france.learningtogether.net). Gros travail pour nous offrir une utilisation ludique.
14:50 Publié dans Côté pédagogie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : géographie, parents, pédagogie, france, enseignement, jeux éducatifs, culture
11.10.2006
Langues étrangères à l'école : Dear me !
Cette note devrait tout d'abord s'intituler "l'anglais à l'école", tant il y a peu d'alternative en la matière. Mais comment enseigne-t-on cette langue ? Un peu n'importe comment malgré les efforts des gens de terrain. Les instits sont peu formés, certains rament avec le peu d'anglais de leur propre secondaire. Les profs de collège dépêchés à la rescousse font comme ils peuvent.
Je ne parviens toujours pas à mettre la main sur un vrai ouvrage didactique pour apprendre à des petits enfants une langue étrangère. Le gisement des parents bilingues est inexploité, sans parler des étudiants étrangers sur notre sol. Il est vrai qu'avec la peur pour la sécurité des enfants, il est facilement répliqué qu'on ne sait jamais, on les connait pas ces jeunes. On prend pas le risque.
A quand un lieu d'échanges sur Internet pour que chefs d'établissement, enseignants, parents, étudiants étrangers mutualisent leurs compétences ?
Certes, il est dit dans les circulaires ministérielles qui cela se généralise. Avec quelle évaluation ? Un proviseur de collège me disait récemment qu'en gros, au bout d'un trimestre de 6ème, on ne peut plus faire la différence entre les enfants qui ont eu une initiation en langue étrangère et les novices. Ca sert donc à quoi ces heures passées en langues étrangères ???
Non seulement, certains apprennent 3 ans durant les couleurs et "My name is... I'm a boy/girl". On remarquera que c'est toujours d'une oralité baragouinée. Commencer par "I am", plutôt que "I'm" pourrait peut-être aider les enfants à VRAIMENT apprendre quelque chose. Il est temps de se dévoiler la face !
18:05 Publié dans Côté pédagogie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pédagogie, anglais, école, éducation, étranger, didactique, europe
06.09.2006
Rentrée scolaire : "Je suis déçu par la prof !"
Anatole a dit ça en rentrant de sa deuxième journée d’école :
Que faire ? Comment imaginer qu’il va passer son année scolaire à traîner des pieds pour aller en classe ? Question qui vient de mettre posée et pour laquelle – comme toujours en éducation – il n’y a pas de solution toute faite.
Mais comment réagir, en tant que parents ? Sans doute vaut-il mieux éviter de le rabrouer, cet enfant qui se dit "déçu", et entamer le dialogue pour qu’il puisse lui-même faire le tri, ne pas se buter et trouver une échappatoire : c’est une attitude à appliquer tout au long de l’année, d'ailleurs.
1 : Alors, s’il est déçu, quelle image idéale avait-il en tête avant de franchir à nouveau le porche de l’école :
- celle qu’on lui a survendu durant l’été (« Tu vas voir, c’est top avec Mme Machin ! »)
- celle du groupe de copains indissoluble, façon d’Artagnan, qu’il chérit plus que tout ?
- celle de faire parti désormais des grands CM de l’école ?
- Ou d’entrer en CP et d’apprendre à lire ?
2 : Maintenant, ce premier ressenti, un peu « Breuurk ! », de cette rentrée, est-ce du à ce genre de problème :
- voulait-il l’autre maîtresse ?
- l’instit a-t-elle interrogé plein d’autres enfants, sauf lui, le 1er jour ?
- se sent-il mal à l’aise au 1er rang/ au dernier rang ?
- C’est la maîtresse ou c’est le fait que le copain Arthur a été mis dans la classe d’à côté ?
- A moins que ce ne soit une vraie peur de l’enseignante ?
- Ou l’inquiétude de ne pas « réussir », de se sentir submergé ?
Il faut déjà l’aider à dire, à dégager son petit rejet de rentrée.
Et si Anatole persiste à dire que c’est la prof qui le déçoit, pensez peut-être à lui dire que c’est son enseignante. Pas sa nounou ni sa fiancée. Difficile avec les petits qui mélangent parfois motivation et sentiment pour la maîtresse. C’est donc à nous parents, de replacer les choses.
Surtout ne pas lui laisser enfouir tout ça. Car ce qui n’est pas résolu, clarifié dans les petites classes… s’enkyste pour ressurgir parfois quelques années après. Si vous avez des idées ou des expériences dans ce domaine, partageons-les !
14:15 Publié dans Côté pédagogie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : école, enseignement, peur, rejet, motivation, scolaire, scolarité







