07/03/2012

L'orthographe, les parents et la citoyenneté

Des études récentes révèlent le niveau d’orthographe des 5èmes actuels est celui des CM2 d’il y a… 20 ans. La Vox Populi s’insurge : « Ces profs, franchement, sont des incapables ! ». Et si les familles prenaient leur part ?

Les méthodes peuvent certes être discutées, le nombre d’heures consacrées à l’orthographe enfin revalorisé… et j’ai moi-même longuement dans Heureux à l'école fustigé le concept "d'observation de la langue" fixée dans les programmes. Mais il n’y a pas que cela. Trois points fondamentaux restent peu évoqués. Les occulter, c’est fausser le débat.

1 l’orthographe ne s’inculque pas à 6 ans mais avant, en famille
L’orthographe, bien avant l’école, s’incorpore. Pour cela, dès les premiers mois de la vie, les histoires racontées par les parents bercent l’oreille de bébé. Ensuite, ce sont les petits albums. La production de livres illustrés et de petits magazines est de haute qualité en France, fondés sur les sons, les lettres, associés aux couleurs.
Cela, bien avant l’école, ce sont les parents, grands parents, grands frères et sœurs qui y concourent. Bien avant les enseignants.
A l’âge de la maternelle, blottissez-vous dans un canapé avec votre enfant et lisez, (pas trop vite et en insistant sur le ton). Vous remarquerez encore que l’enfant ne regarde pas le plafond et pas si longtemps que ça les illustrations. Si vous placez votre index sous la ligne lue, comme il (elle) le fera bientôt en classe, les mots seront absorbés très naturellement.
Evidemment, s’il a une gameboy à 5 ans, la télé dans sa chambre (25% des enfants) et a lancé un « NON ! » péremptoire au premier album suggéré… Mais alors, ce n’est pas à l’enseignante de CM2 qu’il faut s’en prendre. Ou pas seulement.

2 Qui leur révèle le bénéfice et la joie d’une bonne orthographe ?
Les enfants ne savent pas toujours à quoi rime ce qu’ils apprennent à l’école. Comme nous, ils sont d’autant plus motivés dans leurs actions qu’ils en perçoivent le bénéfice ! L’orthographe leur semble avant tout une contrainte. Or, cela peut devenir - presque - un jeu. Comme on apprend l’orthographe en regardant tôt les mots, on absorbe mieux la logique avec ce petit fil rouge, déroulé dès les premières années = « Dans le mot « carottage », qu’est-ce que tu entends ? »… « Carotte !», s’exclame vainqueur le petit Marius. Pourquoi « é » ne se prononce pas « è », pourquoi y-a-t-il 2 « t », ou 2 « ll » ? Cela n’est pas le fruit du hasard ! Cela a une logique toute aussi passionnante à acquérir que de faire sauter Super Mario et ses pizzas.
Parce que l’orthographe est perçue bêtement comme un artifice, un truc superficiel, alors qu’elle n’est que le résultat d’une bonne maîtrise du fond, de la structure de la langue. "en sang » n’est pas « encens » / « en sainte » n’est pas « enceinte ».

3 L’orthographe a quelque chose à voir avec la citoyenneté
Si ! Car savoir ce que les mots expriment, ne pas se laisser refiler un mot pour un autre, partager une langue qui a une histoire, ce n’est pas rien. « Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement », dit l’adage. Le charabia des mystificateurs, bâteleurs et autres mauvais prophètes en serait un peu moins facilement gobé. En cela, les familles les plus fragiles – question de citoyennenté aussi – doivent être aidées par la communauté (je ne dis pas « collectivité »).

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Commentaires

Malheureusement, il s'agit de la même chose ici aux Pays-Bas. J'ai apporté mes enfants avec une bonne façon de s'exprimer (en Néerlandais) à leur école, ils en reviennent pire que je les y ai ammené. La principale raison est d'après moi, la tendence à la standardisation qui permet d'obtenir de meilleurs résultats pour les enfants en dessous et autour de la moyenne, pas une mauvaise aspiration en elle-même, mais qui défavorise les enfants qui ont une avance. Le résultat est que beaucoup d'enfants éloignés de la moyenne quittent le système d'éducation, beaucoup de frustrations et des résultats moyens.
Il faut tout de suite changer les méthodes pour les meilleurs élèves. Les méthodes doivent être plus complexes et plus riches en vocabulaire et permettre la réflexion.

Écrit par : Odile | 15/02/2007

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Que font les parents ? Que fait le système ? Que font les enseignants ?

En tant que mère et non enseignante, j'ai tendance à mettre ces trois paramètres dans la balance.


Pour nous situer : ma fille a 12 ans, elle est en 5°. Elle a toujours eu des livres avec elle - elle lit régulièrement au moins 4 livres par mois depuis son CE 2 - elle est abonnée à trois revues mensuelles ( DIdl Mag - Tchô - Science et vie découvertes ) - elle a accès à la TV et les jeux sur ordinateur et MSN , de façon modérée (pas de téléphone portable) - elle a une TV dans sa chambre (pour les cassetes et dvd) qu'elle n'a jamais utilisée les veilles de jours de classe - elle se couche vers 20h30/20h45 les veilles de jours de classes et lit dans son lit jusqu'à 21h30.

Tout d'abord ce que je reproche au système éducatif national, c'est que jamais on a inculqué (ou cherché à le faire ) aux enfants le sens de l'effort et de la persévérance. On a droit a des attitudes assez nonchalantes, blasées, indifférentes et ignorant la contrainte ("on n'oblige pas, on n'exige pas"). Durant les années de primaire, j'étais, moi, plus exigeante que ne l'étaient les instituteurs (trices) de ma fille. JAMAIS, on a exigé d'elle (par exemple) qu'elle s'applique pour écrire. Les enfants ont eu droit à ce genre de discours :"je vous donne des devoirs, mais comme normalement je n'ai pas le droit de le faire, faites-les si vous voulez" (institutrice de CM1).

Quant à l'orthographe : ma fille (qui n'a aucun problème dans ses apprentissages), est arrivée avec un bon niveau en français à son entrée en 6°. Il faut dire aussi que son institutrice de CM2 avait bien fait travaillé les enfants et notamment en pratiquant des dictées très régulièrement (environ une par semaine).

Ma fille a eu un résultat de 80% de réussite à ses évaluations en français à l'entrée de la 6 °. Je doute qu'à ce jour elle en ait autant : en 6° elle n'a pas eu à faire une seule dictée ("vous comprenez, il y a des enfants qui ont de si mauvaises notes que ça les déprime" ==> phrase assénée par le prof de français le jour de la rentrée en 6°). Comme je savais qu'aucune dictée ne serait faite par le prof durant la 6°, j'ai moi même acheté un livre de dictées et j'en ai fait faire une par semaine (environ) à ma fille (non sans mal, parce qu'après tout, ce n'était pas mon rôle). Et jusqu'à aujourd'hui elle n'en a fait aucune pendant sa 5°.

Pourtant, il me semble que la dictée est un exercice fort complet qui oblige à la réflexion et à l'analyse et permet de bien apprendre à associer entre elles les règles de grammaire + orthographe + conjugaison.

La prof de français actuelle de ma fille nous a affirmé qu'elle pratiquait le contrôle orthographique par d'autres moyens. Soit. Mais je constate qu'en écriture directe, ma fille fait plus de fautes à l'heure actuelle qu'elle n'en faisait à la fin de son CM2.

Autre pratique familiale : depuis que ma fille s'est mise à lire seule (donc vers 7/8 ans) je pratique aussi la lecture avec elle ==> il y a des livres qu'elle lit seule et des livres que je lui lis. J'en profite pour lui donner des explications au fil de la lecture (avec pour seule base ma seule culture Gé. mais c'est au moins ça). Donc nous pouvons parler histoire, mode de vie, société, géographie, vocabulaire ... Bref toutes les digressions que la lecture permet. L'année dernière ma fille s'est acharnée à lire des livres portant témoignage de quelques vécus pendant la 2ème guerre mondiale. Et , bien sûr le journal d'Anne Franck a été choisi et c'était moi qui devait le lire. Quand ma fille a vu quelle en était la présentation, elle a demandé à ce que nous alternions la lecture (un jour du journal lu par elle , puis un jour du journal lu par moi, etc ...) Et là , j'ai eu le choc de me rendre compte qu'elle lisait très mal : à la va-vite, sans vraiment regarder les mots.. Donc j'en ai profité pour lui faire "travailler" la lecture à haute voix !!! Mais il est vrai que depuis le CM1 elle n'avait plus d'exercice de lecture à voix haute à faire à la maison.

Enfin, je constate surtout depuis la 6° que ces classes que l'on veut sans niveau (pas de classes de "bons" ou de "moyens" ou de mauvais" élèves). Tous mélangés pour en favoriser le plus grand nombre. Vraiment ? Tout ce que je constate c'est que le nivellement se fait par le bas et j'en ai fréquemment le confirmation en discutant avec ma fille.

NE serait-ce qu'hier : ma fille fait partie d'un groupe de tête de 8 élèves (elle doit être n°2 ou 3) : et je trouve qu'elle ne travaille toujours pas très sérieusement. Elle m'a répondu que s'il y avait plus de bons élèves dans sa classe , elle serait motivée. Et puis avoir la place de 1er n'est pas enviable parce qu'on se fait "embêter" par les autres (elle en a fait les frais l'année dernière : la plus jeune de la classe -elle est du 29 décembre- qui se permet d'être 1ère de la-dite classe au 1er trimestre, ça n'a pas plu. Et il a fallu toute notre vigilance et notre conviction (son père et moi) pour la pousser à travailler et ne pas baisser les bras).

Que font les parents ? Moi, je sais ce que je fais avec ma fille et je sais combien il m'est difficile de lui faire admettre que "tirer vers le haut" et quand même préférable à "se contenter d'un peu qui de toute façon sera suffisant".

Le nivellement par le bas est une évidence !!!

Je sais que la société est différente de ce qu'elle était quand j'avais l'âge de ma fille, je sais que les programmes scolaires sont différents, je sais que les modes de vie et les comportements sont différents. Et pourtant je ne peux m'empêcher, dédidément de ne pas comprendre.

J''ai été très longue, désolée, mais c'est un sujet brûlant pour moi et je n'ai que trop rarement l'occasion d'en parler (dommage pour vous ...).

SI vous êtes arrivé jusque là, merci de m'avoir lue entièrement.

Écrit par : Maxie | 16/02/2007

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Oserais-je un "petit" rajout ?

J'ai présenté à ma fille que la nécessité de "bien" écrire et parler sa langue maternelle , revenait à pouvoir communiquer avec les autres. Tel mot mal écrit ou mal prononcé , telle ponctuation déplacée, peut changer le sens d'un mot ou d'une phrase, d'une idée.

Ce qui m'apparaît comme sûr, c'est que le français est une langue compliquée (mais là, pour l'instant on n'a pas trop le choix) . (Pourtant je suis une ex- crack en français , dixit ma prof de français à la fin de ma 6° (j'ai 43 ans)).

Écrit par : Maxie | 16/02/2007

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