16.10.2009

Haro sur Habbo ! L'enfant surfe, le parent trinque

HABBO_Carte_Bleue-K.jpgJe viens de découvrir le site Habbo Hôtel. Vous le connaissez peut-être pour avoir été ruiné par ce jeu-communauté en ligne qui incite votre enfant à utiliser votre carte bleue. Ou mieux, votre compte Orange en ligne !

Mi jeu, mi réseau social pour enfants

Habbo.fr (Habbo Hôtel) propose aux enfants d’entrer dans son univers pour se faire des amis (sic) … et pour participer à l’activité maîtresse du site : avoir un appart’ et le meubler avec du mobilier. Au secours la culture Conforama comme ligne d’horizon d’une vie idéale !!!

L’enfant crée donc son avatar, façon personnage de Wii ou de Playmobil. En cadeau de bienvenue, il se voit offrir… l’appart’ !

Comment meubler ? Pixels et Mobis

Jusque-là c’est gratuit, selon la bonne vieille méthode des dealers. Pour créer la dépendance, de nombreuses attractions sont animées en permanence et la consultation tard le soir laisse supposer que de nombreux enfants jouent au lieu de dormir.

Apprendre à trouver de la thune

Deux supports de commerce existent. Les « Pixels » sont des points « que tu gagnes en faisant différentes activités sur Habbo ». Selon le conseil n°2 de l’éditeur : « 2 - Passer du temps sur Habbo chaque jour - plus longtemps tu y restes plus tu accumules de points ! ». Avec ces points « gratuits », on peut obtenir des Mobis moins chers. Des… quoi ?…. Et pourquoi « moins cher » ???

Les Mobis, le dollar d’Habbo

Les « Mobis » sont la monnaie de l’univers Habbo : nous y voilà ! L’animation du site consiste à créer des événements liés à un film, une enseigne avec un grand « M » comme « Miam ». Car c’est logique : vous savez bien qu’un appartement, même très grand, est vite saturé en termes de meubles. Donc, il faut en changer. Un canapé façon Petit Nicolas, un aquarium Nemo, etc… ou dans les couloirs de ce monde virtuel une pub pour le dernier hamburger à fromage coulant, suggéreront l’achat du rocking chair « customisé » du grand M.

L’éditeur est fier de son concept : « Les Mobis servent à acheter toutes sortes de choses, du canard en plastique au Téléporteur High Tech ». Un rêve de consommateur, quoi !

Qui achète les Mobis ? … Hum… vous !

C’est là que ça se gâte. Car les Mobis virtuels, n’existent en fait que dans la réalité de votre poche. Il faut les acheter.

Première arnaque : payer en sms. Ou comment aspirer en moins de deux le forfait du gamin. Pour « 5 Crédits, envoie HABBO au 81067 (1 € + le prix d'un SMS) et pour 12 Crédits, envoie HABBO au 81064 (2 € + le prix d'un SMS).

2ème arnaque : par téléphone fixe. Pour 9 Crédits : appelle le 0899 19 15 96 (1,35€ l'appel+ 0,34€ par minute).

Mais il y a mieux : comme les enfants ont peu d’argent, il faut qu’ils en trouvent par tous les moyens. Au lieu de vous faire les poches à l’ancienne, pourquoi ne pas les inciter à payer par carte bleue ? « Mais ils n’en ont pas ! », me direz-vous. Eux non, mais vous, si.

La page « Comment payer ses crédits Habbo » ne vous cache rien (cf image). De 60 à 315 Crédits par Carte bancaire. Il suffit de prendre la carte de Dady ou Mum. L'’éditeur du site précise avec humour : « Demande l'autorisation du propriétaire de la carte ! ». Pour que l’enfant soit plus encore en risque majeur et les parents sans contre-attaque possible, une case est obligatoire : « En cochant cette case¸ je confirme avoir demandé l'autorisation de la personne qui paye la facture avant d'acheter ». Devant la vitrine alléchante de Mobis tout neufs, quel enfant résistera ?

Last, but not least

Je vous vois sombrer. Ne coulez pas tout de suite, gardez la tête hors de l’eau, j’ai encore une information pour vous, plus effarante que tout ce que vous venez de lire. Votre enfant peut payer directement via votre compte Orange France Télécom. Là encore tout est dit : « Ce système de paiement te permet d'acheter des Crédits Habbo à partir de la facture France Télécom, de tes parents ou tuteurs légaux, sans avoir à communiquer de données bancaires. Il suffit de disposer d'une ligne de téléphone fixe et d'un identifiant France Télécom ». En fait, c’est une option automatique (Services Internet +) des comptes Internet Orange qu’il faut décocher. Si vous ne l’avez pas fait, le débit se fait en un clic.

Orange semble d'ailleurs partie prenante du tour de table de Habbo. Sans perfidie, il me semble que l'éthique est un songe lointain parmi les élites de France Télécom et qu'il doit être bien pesant de concevoir de tels produits.

Cerise sur le gâteau !

Votre enfant est prévenu dans la page dite « de prévention ». Les auteurs se relisent-ils vraiment avant d’écrire ou sont-ils à ce point manipulateurs qu’ils préviennent les Habbo Kids ? : « Les sites qui offrent des crédits/mobis gratuits … sont des sites d'arnaques (SIC ! SIC !) qui cherchent à voler ton compte Habbo ». Evidemment, cela gênerait le commerce. Il vaut mieux être sur le site officiel et payer !

Si vous avez été victime d’Habbo Hôtel… Merci d’en faire profiter les fidèles lecteurs de ce blog. Allez-y, créez votre avatar, pour voir... c'est gratuit !

 

Les Choses Pérec.jpgEt puis pour vous, (et pour eux dès l'adolescence...), je recommande de lire ou de relire "Les choses" de Georges Pérec, Prix Renaudot 1965, qui n'a pas pris une ride. La description de l'appartement qui inaugure ce récit ouvre bien d'autres perspectives que Habbo. Sans parler de l'asservissement aux objets iconiques et au regard des autres.


22.06.2009

La philo, pas au bac, en maternelle !

Gouters_Philo_Milan.jpgLe Bac philo s’achève, avec sa cohorte de sujets et d’improbables réponses. Renversons le concept. La philo en maternelle serait bien plus nourrissante.

La philo, ou l’absurde logique scolaire
Prenez des ados bien mûrs, vérifiez qu’ils n’ont jamais trempé dans le moindre exercice de questionnement et placez-les sur le gril stressant de la terminale pour découvrir d’un seul coup : les philosophes Grecs et Romains, (pas les Indiens, pas les Arabes, pas les autres, pas le temps), les concepts énoncés au fil des siècles (à raison d’une séance par semaine sur moins de 6 mois, on survole). Sans oublier quelques astuces de rhétorique, thèse, anti-thèse, synthèse pour avoir au moins 10.
Ce n’est pas de la philosophie mais du gavage. Le but étant d’apprendre par cœur de tonnes de trucs, sans formation initiale, sans imprégnation de l’expression, sans incorporation lente de l’exercice de philosopher. Sans aucun goût découvert au fil du temps pour le débat, l’écoute, l’art du contre pied ou celui de l’élaboration.
C’est tout simplement idiot et parfois néfaste. La plupart des adultes qui découvrent les sujets du bac philo de l’année le confessent : rien qu’un énoncé leur rappelle le haut-le-cœur de leur jeunesse à l’idée de plancher sur de telles phrases complexes.

Offrez aux futurs bacheliers de vrais atouts
Les futurs bacheliers et les jeunes diplômés ont un challenge de taille dans leur viseur : leur capacité d’adaptation à la vie réelle qui les attend. La philo en conserve de leur terminale ne leur sera d'aucun secours, en imaginant même qu'ils en retiennennt une seule once. Si l’Education nationale investissait tout de suite et dès la seconde dans des modules pratiques prodigués sur 3 ans, tels que : prendre la parole en public, rédiger une note de synthèse, savoir se relire, négocier par l’écoute relationnelle… Les jeunes seraient plus efficaces, moins perdus pour entamer leur premier job, ou pour tout simplement communiquer et prendre leur place.

La philosophie, ça doit commencer tout petit
Ce sont nos amis québécois qui ont inauguré cette démarche et elle contient une puissance insoupçonnée, tant pour les individus que pour les communautés où ils progressent. Commencer la philosophie dès la maternelle, c’est possible, si les enseignants sont un peu formés. Et ça marche ! Car tout petit déjà, on s’en pose des questions ! La justice (« C’est pas juste !»), la liberté, la propriété (« C’est à moi ! »), le temps, qu’est-ce qui est bien ? ou mal ? Et puis peut-être aussi apprendre à écouter d’autres points de vue, douter, remettre en cause. Au fil des années, s’ajoutent la citoyenneté, plus tard l’éthique.

Mais ce travail est l’œuvre d’une enfance, d’une adolescence, d’années de pratique. Pas d’une logique de presse-purée avec de jeunes adultes stressés par une note finale. Dans les quartiers difficiles, entamer un dialogue pourrait reprendre sens. En général, il y aurait peut-être enfin une autre perspective que de réduire nos enfants à des consommateurs qui appuient sur des boutons. C’est une invitation aux débats, à la rhétorique, à la palabre qui crée du lien. La philo au bac, oui mais pas comme ça ! La philo au bac à sable, là... vraiment oui !

Pour aller plus loin, je vous recommande les « Goûters Philo » de Milan éditeur.
Par Brigitte Labbé, Michel Puech et Jacques Azam.